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Etude Truite

Programme d'étude :
La Truite Arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) dans les écosystèmes aquatiques de l’Ile de La Réunion : écologie et incidence sur le milieu

AXE 1 - Connaissance du fonctionnement des populations de Truites Arc-en-ciel acclimatées et maintenues artificiellement dans les cours d'eau de La Réunion

Contexte géographique, écologique et halieutique

Située dans l’hémisphère Sud, l’île de La Réunion constitue avec l’île Maurice et Rodrigues, l’archipel des Mascareignes. Partie émergée d’un strato-volcan formé de deux cônes basaltiques jumelés le piton des Neiges (3069 m) et le piton de la Fournaise (2631 m), elle couvre une superficie de 2512 km2. Le relief de l’île présente 4 types principaux de structures topographiques : les pentes externes, les grands cirques, les vallées encaissées et les plaines (Robert, 1986). La Réunion est soumise à un climat tropical océanique humide caractérisé par deux grandes saisons, la saison « des pluies » (de janvier à mars) et la saison « sèche » (de mai à novembre). L’île possède des records mondiaux d’intensité pluviométrique (>10m/an) (Robert, 1986).

Le relief de l’île est strié par un réseau hydrographique radial très dense et très marqué sur un linéaire total de près de 1536 km de cours d’eau constitué par 3 plans d’eau (~1000 ha) ainsi que plus de 750 rivières et ravines, dont seules 13 rivières sont pérennes. Les cours d’eau réunionnais sont caractérisés par une variabilité très forte des débits, jusqu’à 1 à 1200 fois entre les débits d’étiage et ceux de crues dus aux cyclones (Robert, 1975a). Le régime extrêmement torrentiel des cours d’eau est à l’origine d’un effet « chasse d’eau », entraînant d’importants travaux d’endiguements dans les cours inférieurs (Lorion, 2006).
A la création de la Fédération Départementale des Associations Agréées de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion (FDAAPPMA de La Réunion), deux catégories piscicoles ont été définies par arrêté préfectoral : la première catégorie incluant les parties hautes des rivières (soit 570 km) et la seconde catégorie intégrant les parties basses des cours d’eau (soit 966 km) et les plans d’eau.
En raison de la jeunesse de l’île (près de 3 millions d’années), les milieux aquatiques réunionnais possèdent une faible diversité spécifique animale. À l’origine, les rivières et les étangs de l’île ont été colonisés par des espèces marines ou migratrices amphihalines. La zonation longitudinale et l’écologie des poissons et crustacés d’eau douce s’expliquent donc au travers de la tolérance à la salinité et les capacités de colonisation (franchissements des obstacles naturels et anthropiques). On dénombre 26 espèces de poissons et 11 espèces de crustacés décapodes indigènes dont près de la moitié est cantonnée au cours inférieur (Keith, 2002). Le cours supérieur est colonisé par des espèces rhéophiles adaptées à de fortes vitesses de courant et possédant des capacités de franchissement des obstacles telles que les cabots bouche-ronde Sicyopterus lagocephalus et Cotylopus acutipinnis, ou la crevette bouledogue Atyoida serrata (ATY) (Keith et al., 2006).

Le peuplement d’eau douce de La Réunion est également composé d’espèces exotiques dont l’histoire a commencé avec celle des activités de pisciculture, d’aquariophilie et également avec la lutte contre les vecteurs de maladies, à l’origine de certaines introductions. Sur les 16 espèces introduites à partir du 19ème siècle, a minima 4 se sont naturalisées : le guppy Poecilia reticulata, le porte-épée Xiphophorus helleri, le tilapia Oreochromis niloticus et la truite arc-en-ciel Oncorhynchus mykiss (Walbaum, 1972) (Keith et al., 1999).

Cette dernière, qui appartient à la famille des Salmonidés et à la sous-famille des Salmoninés, est une espèce d’eau froide originaire du Pacifique Nord (côte ouest nord-américaine de l’Alaska au Mexique et péninsule de Kamtchtaka) (Jalabert & Fostier, 2010).
Elle a été introduite à La Réunion pour la première fois en 1940 (Robert, 1978). Les premiers constats d’acclimatation ont eu lieu en 1949. Les opérations de déversements ont été poursuivies d’abord par l’Office National des Forêts, puis par la FDAAPPMA de La Réunion jusqu’à aujourd’hui.
La truite arc-en-ciel fait l’objet d’une pêche sportive importante sur l’île. Cette pêche s’exerce sur 3 types de populations : les populations dites « acclimatées » (parties hautes des cours d’eau de 1ère catégorie), « soutenues » avec depuis 2010 des alevins triploïdes, et « déversées » avec de gros individus relâchés pour la pêche en no-kill (généralement parties basses de la 1ère catégorie). Il existe actuellement un quota journalier de 4 à 6 truites et une taille légale de 20 cm.
Une première étude effectuée en 2006 sur la truite arc-en-ciel (Bouju et al., 2006) a permis d’avoir une estimation du taux d’acclimatation de l’espèce (implantation détectée sur 9 km) et de premiers éléments sur sa biologie et ses exigences écologiques dans le contexte réunionnais. Ces informations sont venues complémenter les données disponibles sur les populations d’espèces piscicoles indigènes et ont permis la construction du premier Plan Départemental de Protection du milieu aquatique et de Gestion des Ressources Piscicoles (PDPG) pour la période 2007-2011. Cependant, avec la création du Parc National de La Réunion (2007), la politique de repeuplement de la FDAAPPMA est devenue conflictuelle, notamment au regard des secteurs régulièrement alevinés situés en zone de « cœur de Parc », puisque l’objectif premier d’un Parc National est de préserver le milieu de l’influence anthropique. En outre, une étude réalisée sur le régime alimentaire de la truite avait conclu à une prédation possible sur les larves d’une espèce de Zygoptères endémique de l’île de La Réunion (Couteyen, 2006). Enfin, la truite arc-en-ciel a été signalée comme espèce « introduite envahissante » sur l’île dans le référentiel taxonomique TAXRef de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (rapport de 2016). Ainsi, en raison de l’impact majeur des Espèces Exotiques Envahissantes sur la perte de biodiversité, plus particulièrement dans les DOM-TOM (Soubeyran, 2010), un projet d’arrêté interministériel est en cours et doit fixer, dans le département réunionnais, une liste d’espèces autorisées (ou non) à l’introduction, dont la truite fait partie - à l’heure actuelle - sous conditions.

Présentation du projet global

Afin de répondre à la question du possible impact de la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) sur le milieu naturel réunionnais et en vue de mettre en place une stratégie globale cohérente de gestion halieutique et piscicole sur le DPF, la FDAAPPMA a mis en place une étude globale qui vise à renseigner le cas unique au monde d’acclimatation d’une espèce de salmonidé, la truite arc-en-ciel, dans un écosystème tropical montagnard à La Réunion. Dans ce cadre, un programme d’actions prévu sur 4 ans, axé sur la connaissance et la place de la truite arc-en-ciel en contexte local, permettra par un travail collaboratif entre la FDAAPPMA, l’INRA, le bureau d’études OCEA Consult’, Hydrô Réunion, l’AFB, la DEAL, le PNR, la FNPF, de répondre à deux objectifs principaux et indissociables :

  • mieux comprendre le fonctionnement des populations de truites arc-en-ciel acclimatées et soutenues dans les cours d’eau de 1ère catégorie piscicole de l’Ile de La Réunion,
  • évaluer l’impact de la truite arc-en-ciel dans les écosystèmes aquatiques réunionnais.

Ce travail finalisé permettra de renseigner deux aspects complémentaires pour analyser les effets écologiques de cette introduction : l’hydrosystème récepteur et la population introduite (Haury et Pattee, 1997), et d’aboutir à la prise des mesures de gestion les plus appropriées.
Le programme s’articule en 2 axes principaux (« Connaissances » - « Impact ») déclinés en 2 grandes phases, indispensables et indissociables à l’aboutissement du projet global.

Phase 1 : État des lieux des populations de truites acclimatées et étude socio-économique de la pêche de loisir à La Réunion.

Deux premières études ont été réalisées sur l’année 2017 : (i) une étude sur les populations de truites acclimatées (Suel, 2017) et (ii) une étude socio-économique de la pêche de loisir en eau douce à l’échelle du Département de La Réunion, incluant la pêche de la truite (Lepinay, 2017).

La première étude, qui a porté sur un état des lieux des populations de truites acclimatées aux cours d’eau de La Réunion, a permis de caractériser l’habitat de la zone trutticole, a confirmé les premières observations faites sur l’écologie de l’espèce en contexte réunionnais, dont l’implantation – qui a légèrement évolué (aire de répartition de 11 km contre 9 km estimés lors du travail réalisé en 2006, soit moins de 2 % des 570 km de cours d'eau classés en première catégorie piscicole à La Réunion) - semble limitée par plusieurs facteurs (température, torrentialité, disponibilité en habitats favorables pour la reproduction, croissance des individus de grande taille). L’étude a également montré que la richesse du peuplement pouvait varier selon le tronçon de cours d’eau : truite pouvant être absente ou la seule présente, espèces indigènes pouvant être seules ou en sympatrie avec la truite. En outre, cette étude a également permis d’identifier des secteurs d’étude sur lesquels s’appuiera en partie le travail proposé dans la phase 2.

La seconde étude, axée sur le volet socio-économique, a permis de dresser un état des lieux quantitatif et qualitatif sur la filière « pêche de loisir en eau douce » à La Réunion. Elle a notamment montré, grâce à une meilleure connaissance des quelques 1500 pêcheurs réunionnais (profils, pratiques et attentes), que la truite figure parmi les espèces piscicoles les plus recherchées (pour 49% des pêcheurs enquêtés). L’étude a également montré que, dans l’hypothèse où la truite venait à être interdite à l’introduction dans le milieu naturel à La Réunion, le report de pêche s’effectuerait vers les espèces indigènes (poisson plat, chitte, anguille) pour près de 68% des pêcheurs.

Une synthèse de la phase 1 doit être faite par la Fédération entre fin 2017 et début 2018 et sera présentée au Comité de Pilotage.

La première phase de ce programme a été mise en œuvre en 2017 avec le soutien financier de la Fédération Nationale de la Pêche en France (FNPF), du Parc National de La Réunion et de la Fédération Départementale, et le soutien technique de l’INRA et du bureau d’études OCEA Consult’.

Phase 2 : Etat des lieux des populations de truites maintenues artificiellement et Suivi des populations de truites acclimatées et maintenues artificiellement

La deuxième phase du programme, d’une durée de 2 ans (2018-2020), sera déclinée en 2 volets complémentaires, inscrits dans la continuité directe avec la phase 1. Ces volets seront axés sur la poursuite de l’acquisition de connaissances sur le fonctionnement des populations de truites arc-en-ciel acclimatées et également sur les populations soutenues.

En effet, si la truite est présente depuis 1940 et se reproduit dans les zones amont de certaines rivières de l’île, la présence de l’espèce est également soutenue par des déversements réguliers d’individus de pisciculture, ne se reproduisant pas à priori et sans que l’on connaisse les interactions avec la faune native. Ces deux volets, indissociables, auront pour objectif de pallier au manque de connaissances nécessaires à la construction d’une gestion halieutique adaptée sur les populations de truites arc-en-ciel.

Cette phase permettra de répondre à plusieurs questions : Comment évoluent dans le temps les populations de truites arc-en-ciel acclimatées ? Comment se maintiennent les individus déversés ?

Volet 1. Etat des lieux des populations de truites arc-en-ciel maintenues artificiellement

En complément de la phase 1 effectuée en 2017, ce premier volet consiste à dresser un bilan des populations maintenues artificiellement : répartition en terme de linéaires de cours d’eau à l’échelle de La Réunion, survie des individus déversés et efficacité des soutiens d’effectifs. Cette efficacité des rempoissonnements sera mesurée à travers des inventaires périodiques sur des tronçons où les individus relâchés auront été préalablement marqués (ablation de la nageoire adipeuse). La sollicitation des pêcheurs et les renseignements issus des carnets de pêche constitueront des outils d’investigation complémentaires.

En parallèle, un historique des opérations de rempoissonnements volontaires en truite arc-en-ciel passés et actuels (lieux, dates, quantités, stades) sera effectué depuis son introduction dans les années 1940. Ce volet fera l’objet d’un stage de Master 2 qui débutera en mars-avril 2018.

Volet 2. Suivis des populations de truites arc-en-ciel (acclimatées et maintenues artificiellement)

Ce second volet vise à acquérir des données nécessaires au suivi de l’évolution des populations de truites arc-en-ciel sur certains tronçons de cours d’eau étudiés lors de la phase 1 (populations acclimatées sans lâcher) et également sur des tronçons où celle-ci n’est pas acclimatée (populations soutenues), avec poursuite du suivi des paramètres du milieu (physico-chimie, T°C). Les suivis seront menés à l’aide d’opération de marque-recapture et d’inventaires annuels par pêche électrique (avril/mai et septembre/octobre) afin de disposer d’un jeu de données suffisant sur une échelle de temps assez longue permettant d’analyser l’évolution spatio-temporelle des densités, la structure des populations en place (taille, poids, âge) et les stratégies d’histoire de vie.

Le suivi sera effectué sur trois tronçons de cours d'eau de 1ère catégorie piscicole où la truite est acclimatée et sur deux tronçons 1ère catégorie piscicole où les populations sont soutenues régulièrement. Au total, le suivi sera effectué sur cinq tronçons de cours d'eau à raison de deux fois par an sur deux années consécutives 2018-2019.

Les volets 1 et 2 de la phase 2 de l’étude sur la truite arc-en-ciel bénéficieront d’un appui technique permanent du bureau d’études OCEA Consult’ en tant qu’assistant à maitrise d’ouvrage jusqu’à production des livrables : définition des protocoles de suivis et mise en œuvre sur le terrain, réunions techniques , aide au traitement des données, relecture et avis divers, etc.

Au début de cette phase 2, il est également prévue qu'une petite délégation de l'INRA se déplace à La Réunion, entre mars et avril 2018. Cette délégation sera composée de Madame Mairie NEVOUX, Monsieur Jean-Marc ROUSSEL et Monsieur Jean-Luc BAGLINIERE.

L'objectif de cette mission est de connaitre la typologie des cours d'eau réunionnais et voir si le protocole "Vigitruite" mise en place par l'INRA en Métropole est transposable aux cours d'eau réunionnais. Si oui, une formation sera dispensée par l'INRA aux personnels de la Fédération et des AAPPMA pour mettre en œuvre cette méthode dans le cadre du suivi prévu sur cette phase 2 de l'étude. De même, il s'agira lors de la venue des experts de l'INRA de définir le contenu et le portage de l'axe 2 de l'étude sur la truite avec les acteurs locaux (DEAL, Université de La Réunion, OCEA et Fédération).

AXE 2 - Analyse de l'impact de la Truite Arc-en-ciel sur les milieux aquatiques réunionnais

Axe en cours de réflexion