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Publié le 10/07/2026
Les fossoyeurs
Qu’ils soient « petits marquis » dans leurs fiefs locaux, ou grands seigneurs sous les ors de la République, ils détruisent méticuleusement et avec un cynisme déconcertant notre environnement, notre santé et hypothèquent l’avenir de nos enfants.
Ils sont les pompiers pyromanes qui alimentent leurs autodafés avec les rapports de nos scientifiques, les vrais, ceux qui ne sont pas soudoyés par l’empire de l’argent. Ils sont dans « Fahrenheit 451 » (température de combustion des livres).
Affublés d’un strabisme divergent, leur vision environnementale redevient normale dès lors qu’elle ne voit que des intérêts financiers pour eux-mêmes ou ceux de leurs amis et affidés.
L’intérêt public, celui pour lequel ils ont été choisis, est une illusion qu’ils manipulent avec une très grande dextérité, le maintien dans leurs prérogatives et leur pouvoir étant les totems absolus.
La politique de l’autruche qu’ils pratiquent vis-à-vis du changement climatique est indécente au vu de ce qui se passe dans l’Hexagone et dans notre département en matière de sécheresse. Il s’agit pour eux d’un mauvais moment à passer, comme il y en a eu d’autres ! Les cours d’eau ne sont que des tuyaux dans lesquels il convient de puiser sans restriction pour satisfaire certains intérêts « électifs », ou répondre aux pressions des lobbys locaux.
La vision à long ou moyen terme (gouverner, c’est prévoir) est le cadet de leurs soucis. Ils n’ont pas encore compris que nous avions franchi un cap.
L’effondrement de la biodiversité et du vivant, dont nous faisons partie, les laisse indifférents. L’évolution des pratiques culturales, selon eux, fait partie de cette « écologie punitive ». Argument complètement abscons, qu’ils brandissent comme un étendard permanent. Contrairement à ce qu’a préconisé la Cour des comptes en 2022 : « Le meilleur moyen de réussir la transition agro-environnementale est d’entraîner les exploitations agricoles dites conventionnelles vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. » La Cour est-elle aussi « punitive » ?
Leur déni environnemental passe par des situations ubuesques : la pollinisation de la totalité des plantes passe par la sauvegarde des abeilles et des insectes pollinisateurs, et non par la réintroduction de l’acétamipride. Mes amis paysans me disent : « On se tire une balle dans le pied au profit d’une minorité de l’agro-industrie. » Sans doute vont-ils remplacer les abeilles par des robots, guidés par l’IA !
Les coûts de cet aveuglement seront bien plus élevés que les investissements nécessaires aujourd’hui pour réduire l’impact climatique. Réorienter certains budgets (qui peuvent attendre) est une démarche parmi d’autres.
Je pourrais ainsi multiplier les exemples, ceux que j’ai déjà faits et que je ne referai pas, tant la pédagogie semble n’avoir aucune emprise ni aucun effet sur des cerveaux emprisonnés dans leurs certitudes. La leur, celle qui oublie les plus vulnérables d’entre nous, ceux qui comptent les centimes en fin de mois et qui n’ont pas la possibilité de briller sous les ors et au frais de la République, et dont la fatigue de travailleurs du quotidien ne pourrait trouver de repos même dans leurs fauteuils cousus d’or. Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une voiture électrique ou une climatisation dans chaque pièce, qui vivent dans des habitats surchauffés. Ceux qui n’ont pas le temps de penser « rendement et rentabilité ».
Leur responsabilité vis-à-vis des enjeux sociaux, économiques et environnementaux face au dérèglement climatique et à ses conséquences, dont, même à La Réunion, nous commençons à voir les impacts avec les sécheresses successives, est énorme. Ils devront répondre de leur imprévoyance face aux générations futures. Car la trajectoire qu’ils tracent chaque jour nous mène inéluctablement vers une question essentielle : notre territoire sera-t-il encore habitable ?
Il y a urgence, tout le monde le sait, sauf eux !
J’ose espérer que la clairvoyance prendra le pas sur l’obscurantisme, que l’intelligence collective obligera et mènera vers les chemins de l’espoir.
« Si l’on veut obtenir quelque chose que l’on n’a jamais eu, il faut tenter quelque chose que l’on n’a jamais fait. » — Périclès.
Jean Paul MAUGARD,
Président de la Fédération Départementale
de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion