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Pêchez à La Réunion ! Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique

Publié le 13/04/2026

« Le tonneau des danaïdes ».

Chacun sait que le « tonneau des Danaïdes » évoque, dans la mythologie grecque, le sort des 50 filles de Danaos, qui, pour avoir égorgé leurs maris pendant leur nuit de noces, furent condamnées aux enfers à verser éternellement de l’eau du Styx (fleuve qui sépare les vivants de l’enfer) à l’aide d’une cruche percée dans une jarre sans fond !

Vous l’aurez compris, la morale de cette histoire désigne une tâche absurde et sans fin.

Eh bien, j’ose la comparaison avec certains aspects de notre agriculture réunionnaise et nationale. Je m’explique :

L’utilisation systématique et continue des engrais phosphatés engendre une minéralisation du sol en détruisant les organismes vivants (vers de terre, micro-organismes) participant à sa fertilité. Pour faire face à cette stérilité croissante, en assurant un rendement optimal, nos amis paysans doivent épandre ces engrais en plus grande quantité et chaque fois davantage pour éviter une chute de ce fameux rendement. Cette terre nourricière devient un véritable tonneau des Danaïdes en avalant des quantités toujours plus importantes d’engrais chimiques. Et je vous la fais courte sur toutes les études scientifiques publiées sur le sujet.

Beaucoup de mes amis paysans me disent que c’est un véritable cauchemar, et qu’ils sont affolés par le prix exorbitant de ces engrais, engrais qui, dans le contexte mondial actuel (guerre en Iran), risquent de se faire rares et encore plus chers. Ils me précisent qu’ils seront les seuls perdants dans cette triste affaire… d’autres s’enrichiront, à n’en pas douter !

Mais pour faire bonne mesure, je vais vous parler du métolachlore, de la métribuzine, du glyphosate, du chlordécone, du cadmium, de l’hexane, des PFAS, des ubiquistes. Dois-je continuer… 300 substances du même acabit ont été recensées, la liste n’est pas close, loin s’en faut.

Vous le savez sans doute, nombre de ces « gentils » produits se retrouvent dans nos cours d’eau, mais bon, nous avons nos usines de potabilisation au charbon actif qui sont supposées nous protéger. Mais de quoi au juste ? Eh bien, je vais vous le dire :

L’INSERM (l’Institut de la santé et de la recherche médicale) a compilé plus de 5 300 documents pour établir le lien d’exposition aux pesticides pour différentes populations, et en premier lieu nos amis paysans dont l’exposition à ces « magnifiques » produits est régulière, de l’entreposage à la dispersion sur les parcelles. La présomption est forte selon l’INSERM pour six pathologies : lymphomes non hodgkiniens, myélome multiple, Parkinson, cancer probable, bronchite chronique obstructive, sans oublier les risques pour les femmes enceintes, cancer et troubles du développement neuropsychologique et moteur chez les enfants. Ouf !

Un petit aparté en ce qui concerne l’hexane : il s’agit d’un solvant dérivé du pétrole, utilisé comme auxiliaire technologique pour extraire l’huile des graines de colza, de soja, de tournesol et pour produire des tourteaux déshuilés à destination des animaux d’élevage. Or, dès 2014, l’ANSES rappelait que l’hexane provoque des atteintes irréversibles du système nerveux périphérique. L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) confirme qu’une exposition chronique à ce produit peut entraîner des polynévrites pouvant conduire à des paralysies. Le groupe agroalimentaire AVRIL (PDG M. Rousseau, président de la FNSEA) utiliserait cette méthode d’extraction car plus rentable (97 %) que l’extraction mécanique (89 %). Ce groupe semble ne pas être le seul à utiliser l’hexane. Comme pour le cadmium, nous sommes donc face à un trou dans la raquette de la réglementation et de notre protection. Il ne faut donc pas s’étonner que les firmes de l’agroalimentaire privilégient le rendement plutôt que la santé publique : business is business ! No ? Je précise que ce sujet a fait l’objet d’un débat au Sénat le 16/10/2025.

Et pour faire bonne mesure, je vous parle des métabolites, issus de la dégradation de ces pesticides, qui présentent une plus grande mobilité et persistance dans les sols, menaçant ainsi les milieux aquatiques et donc nos rivières. Fermez le banc !

Bien entendu, les climatosceptiques ou les responsables de l’agro-industrie vous exhiberont des rapports scientifiques contraires dont ils auront grassement payé les contributeurs : on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! C’est à peu près du même niveau que les « platistes » qui croient que la Terre est plate.

Fort heureusement, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) vient de nous alerter sur le risque de surconsommation de cadmium (métal lourd toxique essentiellement contenu dans les engrais phosphatés évoqués plus haut) dans notre alimentation quotidienne. Un bon début de prise de conscience par les pouvoirs publics, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Faudrait que cette ANSES se penche un peu plus sur le fait que tous nos cours d’eau contiennent, à des niveaux divers, tout un tas de « saloperies », les unes plus toxiques que les autres, et que les taux recensés ainsi que leurs limites légales risquent d’être dépassés dans les années à venir. Cependant, il ne faudrait pas que ces taux et leurs limites servent de variables d’ajustement à toutes ces pollutions.

Il est donc temps de faire preuve d’une transparence totale sur des sujets qui mettent notre santé, celle de nos amis paysans et celle des générations futures, en péril.

Des solutions alternatives existent, elles doivent être développées en même temps que la recherche sur des produits moins toxiques, sur des plantes plus résistantes, moins gourmandes en eau. Des organismes officiels y travaillent (CIRAD, INSERM, CNRS avec son institut de biologie moléculaire des plantes, l’INRAE, etc.).

Arrêtons d’opposer agriculture et environnement. Ceux qui le font, le font par cupidité et irresponsabilité, ils sont indignes de notre République. Soyons responsables, conscients des réalités scientifiques, trouvons des solutions, unissons nos forces, notre savoir-faire, notre génie. Apaisons le contexte. Le chemin n’est pas facile, il sera long, sûrement coûteux mais absolument nécessaire.

Retroussons-nous les manches et n’ayons pas peur.

« J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. » Nelson Mandela.

Jean Paul MAUGARD,
Président de la Fédération Départementale
de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion

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