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Publié le 04/08/2025

Loi Duplomb

N’étant pas moi-même un scientifique, j’ai souhaité avoir le point de vue d’un spécialiste, scientifique et chercheur, sur la « Loi Duplomb ». Je précise que je ne citerai pas son nom par discrétion et par respect pour la qualité de ses travaux reconnus sur le plan national et international. Voici qu’elle a été sa réponse à ma demande :
« Cette loi Duplomb est scandaleuse. C’est un retour en arrière par rapport à tout ce qui a été préconisé auparavant pour permettre une certaine durabilité de nos écosystèmes et donc de notre planète afin d’assurer le maintien d’un compromis entre les exploitations (agricoles) et leur préservation ».

Il y a eu, déjà, en 2010 une ARP ADAGE (atelier de réflexion prospective, pour l’adaptation de l’agriculture et des écosystèmes anthropisés au changement climatique ) réunissant 156 experts scientifiques nationaux dans toutes les disciplines concernées par le changement climatique : Sciences de l’homme et de la société, sciences de l’information, santé, pathologie, épidémiologie, génétique et amélioration, sciences de la biodiversité, sciences de l’agronomie, sciences de l’environnement, météorologie et climatologie, hydrosystèmes, pêche et aquaculture. Cet atelier a débouché sur une synthèse publiée en 2013 aux éditions QUAE et a notamment montré qu’il existait des solutions alternatives par rapport à la ressource en eau, et que ce n’était pas « les bassines ».

Plus récemment entre 2019-2021 une expertise collective INRAE « Protéger les cultures par la diversité végétale » a conclu sans ambiguïté que les alternatives à l’utilisation des phytosanitaires existent et sont efficaces pour protéger les cultures des bioagresseurs. Cette loi est donc un retour en arrière lourd de conséquences et qui reflète l’incapacité de nos dirigeants à gouverner et donc d’anticiper. Cette loi se place dans un contexte politique mondial dans lequel nos gouvernants ne vivent qu’avec une pensée : « après moi le déluge ».

Que pourrai-je ajouter de plus sinon un aspect factuel, la connivence qui existe entre le ministère de l’agriculture et l’agro-industrie FNSEA. Cette collusion a rendu sourd et aveugle un certain nombre de nos élus nationaux à tel point que l’on peut se poser la question de savoir où se situe le siège du ministère de l’agriculture au 78 rue de Varenne dans le 7e à Paris ou plutôt au 11 rue de la Baume dans le 8e à Paris… siège de la FNSEA ? Il est vrai que cette collusion ne date pas d’hier, on se souvient de la nomination de François Guillaume, rue de Varenne, ancien président de la FNSEA… cherchez l’erreur !

J’ai consulté plusieurs rapports de scientifiques sur l’acétamipride, il n’y a là aussi aucune ambiguïté de son impact massif sur l’abeille mais sur l’ensemble des insectes pollinisateurs ou pas. Ce qui met à mal les réseaux trophiques au sein des écosystèmes, notamment aquatiques. Nos poissons se nourrissant d’insectes ou de ses larves ; idem pour les oiseaux, pour les amphibiens. Et si l’on ajoute la pollinisation de nos fruitiers et maraichages on peut dire que la loi Duplomb tire une balle dans le pied, voir dans la tête de l’agriculture vivrière ! Ce qui voudrait dire, en outre, que cette loi ne vise qu’un nombre restreint d’agriculteurs ou plutôt de gestionnaires de filières de l’agro-industrie, notamment la filière de la betterave sucrière (éthanol, sous-produits de l’alimentation de bétails et alcool). Faut dire que le salaire de ces gens-là n’a rien à voir avec les revenus de nos paysans. Selon une formule bien connue, il y aurait donc les « agriculteurs d’en haut » et les « paysans d’en bas ». Je ne pense pas que la FNSEA représente les « paysans d’en bas ».

Sur le plan de l’autonomie alimentaire, il faut peut-être arrêter de se cacher derrière son petit doigt et dire les choses clairement : les monocultures intensives de la betterave sucrière ou de la canne à sucre ne sont pas au sens strict du terme des cultures vivrières. Ce sont des cultures de rente qui s’incluent dans des filières de l’agro-alimentaire et qui sont loin de bénéficier comme il le conviendrait aux planteurs, mais plutôt, à ceux qui fabriquent le sucre et autres produits. Il n’y qu’à entendre les discussions sévères entre planteurs et sucriers avant la campagne de récolte de la canne. Et je ne parle pas de l’injuste redistribution de l’argent de la PAC.

Une telle régression est indigne de notre Démocratie et de ses valeurs qui sont notamment portées par la Constitution et la charte de l’environnemental qui y est adossée. Celle-ci précise dans son article 1 « le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Même s’il n’a pas de portée juridique assurée, il témoigne d’une éthique et d’une philosophie qui est loin d’être assumée à l’heure actuelle. Je ne suis pas certain que la santé publique soit l’élément déterminant de certains de nos sénateurs. La « malbouffe » vient s’ajouter au tableau peu reluisant de l’agroalimentaire et son cortège de maladies chroniques, diabète, obésité, troubles cardiaques, j’en passe et de meilleures avec les conséquences sur le déficit de la Sécurité Sociale.

Nous devons nous mettre tous autour de la table pour refonder une agriculture plus vertueuse et qui permette à l’ensemble de nos paysans de vivre dignement de leur travail et qui permette aussi de préserver notre environnement et la santé publique. Nous le devons aux générations futures et à la survie de notre planète.

Jean Paul MAUGARD,
Président de la Fédération Départementale
de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion

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