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Pêchez à La Réunion ! Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique

Publié le 07/12/2021

Ça suffit !

Oui, ras-le-bol de ces atteintes insupportables et inadmissibles aux milieux aquatiques de notre île.

Ici du purin déversé sans vergogne anéantissant la totalité de la faune aquatique.
Là-bas des tonnes de déchets industriels enfouis clandestinement et depuis plusieurs années dans la réserve en bord de l’étang de St-Paul.
Plus loin une ravine détournée de son lit, ailleurs une autre empoisonnée.
Et n’oublions pas le braconnage, sport local, qui met en danger les espèces piscicoles car il se pratique sans distinction pendant les périodes de reproduction… !

La liste est longue. Elle devrait surprendre plus que ça les esprits responsables des différentes organisations supposées défendre ces milieux !

Et pendant ce temps la Fédération Départementale de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion s’épuise en s’efforçant, avec des moyens limités, d'enrayer la casse. Elle a beau intervenir dans ces instances pour attirer l’attention, suggérer des solutions, mais rien n’y fait ou peu. Et si elle obtient quelques succès (réglementation des embouchures et de la pêche des bichiques, mise en place d’une règlementation rigoureuse pour la pêche en rivière) elle le doit à un travail acharné de longue haleine, d’un engagement permanent et surtout d’une indépendance d'esprit permettant de surmonter des critiques acerbes et des embûches sournoises. Elle le doit à son conseil d’administration et à son équipe volontaires et déterminés. Elle le doit aussi à une aide précieuse des services de l’Etat en charge de ces problèmes.

Mais ce n’est pas suffisant car il y a urgence et ce n’est pas la seule urgence si l’on se réfère à l’évolution du climat laquelle aura inévitablement des impacts sur les milieux aquatiques qu’ils soient terrestres ou marins. Et en fait sur tous les milieux. Or cette situation est le reflet d’un état d’esprit, celui d’une inconscience généralisée ou plutôt d’une prise de conscience quasi inexistante sur l’impérieuse nécessité de protéger ces équilibres fragiles sources de vie. Oui, l’eau est source de vie et on a tendance à l’oublier. Cette banalisation,
« l’eau au robinet », dont la qualité ne cesse de se dégrader, a fait de nous des aveugles de l’environnement ! En effet il convient de rappeler quelques chiffres : l’eau douce représente
3 % de l’hydrosphère mondiale et seulement 0,7 % de cette eau douce est réellement accessible. Cette « eau au robinet » risque de ne plus être un luxe : d’une eau facile on passera progressivement à une eau « fragile ». D’où la nécessité d’une utilisation raisonnée de ce précieux liquide. Et je passe sous silence les phytosanitaires et autres produits particulièrement néfastes pour les milieux aquatiques. Qu’attendons-nous pour impulser fortement un accompagnement et une aide conséquente vers nos paysans afin qu’ils se dirigent progressivement vers une agriculture soucieuse enfin de notre environnement ? Et pas des emplâtres style « Eco phyto » dont on connait les succès des précédents !

Mais au-delà de ce manque de conscientisation de notre société, il y a l’hypocrisie politique qui est en fait un manque de courage chronique, récurrent d’élections en élections, à quelques exceptions près, et qui s’avère un frein redoutable à cet éveil environnemental. Il est beaucoup plus facile de faire des ronds-points tous azimuts que de convaincre nos citoyens de modifier leurs mauvaises habitudes. Mais les ronds-points c’est de l’emploi ! Le chantage à l’emploi, surtout sur notre île où le taux de chômage est élevé, est devenu un sport assidument pratiqué. Et pour se donner bonne conscience on met en avant La Réunion « hot spot mondial de la biodiversité » ! Pauvre hot spot habillé des haillons d’un mendiant ! N’oublions pas que ce « hot spot » fait partie du hot spot Madagascar et des îles de l’océan Indien et que pour être qualifiée une région doit répondre à deux critères
stricts : il doit avoir au moins 1500 plantes vasculaires endémiques, c’est à dire qu’il doit avoir un pourcentage élevé de vie végétale que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur la planète. Un hot spot, en d’autres termes est irremplaçable et il doit posséder 30 % de sa végétation naturelle d’origine. Il doit donc être menacé. Bref nous avons dans ce domaine une politique d'eunuque qui n’est pas à la hauteur des enjeux. Et si dans la conservation des milieux des actions se mettent en place, et que des projets émergent, les moyens humains et financiers ne sont pas du tout à la hauteur des objectifs à atteindre et totalement irréalistes par rapport aux actions à mener sur le terrain : le tissu associatif, et pas seulement la Fédération, impliqué dans ces démarches environnementales sont pour beaucoup d’entr’elles en grande difficulté et se consument lentement dans la recherche de finances introuvables. De ce fait, le bénévolat, pour les responsables associatifs, est en voie de disparition. L’ampleur du travail à réaliser dans le domaine de la communication de la sensibilisation, de la police, de la recherche (notamment sur les espèces piscicoles indigènes) est immense. Or, les moyens mis à notre disposition ne permettront pas d’enrayer cette perte de la biodiversité. Mais nous restons optimistes. La création de l’Agence Régionale de la Biodiversité, appuyée par l’Office Français de la Biodiversité devrait apporter un souffle nouveau dans ces domaines cruciaux pour l’avenir de nos jeunes générations lesquelles s’interrogent à juste titre sur nos responsabilités.

Un ami scientifique et homme de terrain me confiait récemment : « nous obéissons aux consignes en étouffant nos consciences. Parce qu’il s'agit pour les uns, d’assurer leur réélection, pour les autres de préserver leurs carrières et leurs « petits déplacements » internationaux, pour les derniers de ne pas compromettre le versement des subventions.

Voilà bien résumée une triste réalité où les discours enflammés sur la protection de nos milieux ne seraient alors que des écrans de fumées destinés à masquer l’impuissance volontaire à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour être efficace. Des moyens financiers alloués qui sont de véritables cache-misère couvrant une forme de « marketing » environnemental déclinée sous la forme de slogans plus ou moins creux quant à leur efficacité : ainsi à La Réunion seulement 2,5 % d’un budget de plusieurs centaines de millions d’euros portant sur l’eau sont consacrés à la biodiversité. Il faut donc croire que les réorientations budgétaires nécessaires ne se font pas. Que nous ronronnons sur des schémas anciens, dépassés. La GEMAPI ne devrait-elle pas être un exemple dans ce domaine ? C’est loin d’être le cas et les sommes sont essentiellement consacrées à la protection des inondations ce que nous admettons fort bien : la sécurité des citoyens étant un impératif. Mais alors des sommes identiques devraient l’être sur le triptyque « éviter, réduire compenser ».

A cette insuffisance de moyens (financiers, humains et matériels) s’ajoutent des discours récurrents : nos rivières ne seraient que des tuyaux servant uniquement à l’alimentation en eau potable ou à l’irrigation de nos amis agriculteurs et d’ajouter, la biodiversité ne concerne que les zones humides. J’espère que ceux qui tiennent de pareils propos ne sont pas dans nos instances chargées de protéger le patrimoine de notre île !

Face à une telle confusion, une telle inconsistance, une telle irresponsabilité, à ce sentiment d’impunité, il ne nous reste plus que la Justice de notre République pour remettre du sens à notre action. Je sais qu’elle en a la volonté, mais en a-t-elle les moyens ? Pendant des années nous avons sensibilisé, sans doute pas assez, nous avons fait preuve de tolérance vis à vis de nos concitoyens, puis nous avons verbalisé, peine perdue ! Il faut maintenant que l’action publique se saisisse à bras le corps de ce problème qui affaiblit notre environnement, l’autorité de l’Etat et le prestige de notre île. Il faut que cesse cette politique de l’autruche ! Bon sens, ouvrons les yeux une bonne fois pour toutes !

« Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur. » _ Nelson MANDELA

Jean-Paul MAUGARD,
Président de la Fédération Départementale de Pêche
et de Protection du Milieu Aquatique de La Réunion

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